B. La constitution d’Empires coloniaux

1. La domination de l’Espagne et du Portugal sur le « nouveau monde »

Le traité de Tordesillas (1494) « partage » le nouveau monde entre les deux principales puissances maritimes : l’Espagne contrôle l’Amérique latine (sauf le Brésil) tandis que le Portugal a la main mise sur l’Afrique et une grande partie de l’Asie.

Les conquêtes d’Amérique latine permettent l’Espagne mais aussi au Portugal (Brésil) et constituer des empires coloniaux grâce aux colonies qu’ils façonnent sur le modèle européen : administration, lois, universités… L’immigration vers ces colonies est favorisée et le commerce avec elles se développe.

La colonisation de l’Amérique latine au XVIe siècle aboutit à la destruction d’une grande partie des Amérindiens, notamment à cause de la propagation de nombreuses maladies (grippe, typhus, variole) apportées par les Européens : on parle de choc microbien.

2. La violence des conquistadores

La colonisation de l’Amérique latine est rapide. Après avoir débarqué au Mexique en 1519, Cortès soumet ainsi l’empire Aztèque et prend leur capitale Tenochtitlan en 1521. Au Pérou, Pizzaro fait rapidement tomber l’empire des Incas (1532-1534). Pourtant les conquistadores sont peu nombreux face aux tribus autochtones.

Pour imposer leur domination sur Amérindiens, les conquistadores espagnols usent de la force (massacres, asservissement) mais aussi de la ruse en s’appuyant sur les divisions entre les différentes tribus adverses dans un contexte où les épidémies affaiblissent les populations locales.

Toutefois, certaines voix s’élèvent contre les violences commises par les conquistadores à l’image du dominicain Bartolomé de Las Casas qui prend la défense des Amérindiens lors de la controverses de Valladolid (1550-1551).

3. Acculturation et rôle de l’Eglise

La colonisation des Européens s’accompagne d’une acculturation qui s’explique par l’importation des modes de vie occidentaux, en particulier en Amérique latine (édification de cités coloniales calquées sur les grandes villes européennes) mais aussi par l’action de l’Eglise.

L’évangélisation (= conversion au christianisme) est étroitement associée aux explorations espagnoles et portugaises. Elle sert à justifier la colonisation : il s’agit d’apporter la « civilisation » à des populations aux coutumes considérées comme dépravées (cannibalisme). Des missionnaires dominicains, franciscain et jésuites se rendent ainsi en Amérique, en Afrique et en Asie à l’image de François-Xavier qui voyage vers l’Inde (1542) et le Japon (1549) pour christianiser, souvent de force, les populations autochtones. Ils luttent alors contre les croyances religieuses des population colonisées : l’Inquisition persécute les Amérindiens au XVIe siècle.

Vocabulaire

Acculturation : transformation ou destruction d’une culture par une autre qui la domine.

Autochtone : terme qui désigne une personne qui est née dans le lieu où elle habite (= natif).

Choc microbien : diffusion de maladies contagieuses sur un territoire dans lequel les populations ne sont pas immunisées (= naturellement protégées). On considère aujourd’hui que la disparition d’une grande partie des population amérindienne au XVIe siècle a principalement été causée par l’introduction de maladies contagieuses en Amérique latine par les Européens.

Colonie : territoire occupé et contrôlé par une nation en dehors de ses frontières, et lié politiquement et économiquement avec la métropole => Espagnols >> Mexique

Conquistador : nom donné aux Espagnols qui ont participé à la conquête de l’Amérique au XVIe siècle.

Évangélisation : conversion au christianisme.
Au XVIe siècle, il s’agit de convertir les populations autochtones au catholicisme, religion dominante dans la péninsule ibérique (Espagne, Portugal).

Inquisition : tribunal mis en place par l’Eglise pour juger les hérétiques (= personne qui n’adhère pas aux croyances des Catholiques).

Missionnaire : religieux chargé de propager la foi.

Documents

– Vidéo : La conquête de l’empire des Incas par Pizzaro

A. Un « nouveau monde » se dessine

1. Les raisons d’un tournant vers l’Atlantique

Au XVe siècle, les échanges entre l’Occident et l’Orient sont importants. La route de la soie est depuis longtemps la voie privilégiée pour faire venir d’Orient parfums, épices, soieries et pierres précieuses.

Mais la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453 marque l’extension de la domination turque sur la Méditerranée orientale et par conséquent sur les routes commerciales traditionnelles vers l’Orient.

Les Européens, et en particulier l’Espagne et le Portugal, cherchent alors de nouvelles routes vers l’Asie, via l’Atlantique, pour s’affranchir des contraintes imposées par les Turcs (les taxes portuaires).

Cette ouverture vers l’Atlantique est facilitée par le fait qu’au XVe siècle les Européens disposent d’outils modernes pour la navigation (boussole, astrolabe) diffusés par les marchands arabes mais aussi de navires plus sûrs pour affronter la haute mer (Caravelle).

2. Les « grandes découvertes »

Les Portugais lancent des expéditions maritimes le long des côtes africaines (Açores, Cap-Vert, São Tomé) avec l’idée de contourner le continent pour rejoindre l’Asie. En 1488, Bartolomeu Dias atteint et passe l’extrémité de l’Afrique, le cap de Bonne-Espérance. Il a ainsi ouvert la voie à Vasco de Gama qui est le premier arriver jusqu’aux Indes en contournant l’Afrique.

Les Espagnols ne sont pas en reste. En 1492, les rois d’Espagne financent une expédition dirigée par le marin génois Christophe Colomb, dans le but de rejoindre l’Asie en traversant l’océan Atlantique. Colomb, pensant avoir atteint le Japon (« Cipango ») accoste en réalité sur un nouveau continent : l’Amérique.

Ces explorations ouvrent la voie à la découverte d’un « nouveau monde » grâce à des navigateurs européens audacieux tels que Magellan (tour du monde), Pedro Alvares Cabral (Brésil) ou encore Jacques Cartier (Canada)…

C. Un espace d’échanges économiques et culturels

1. Une zone commerciale

La Méditerranée est un espace d’échanges commerciaux entre l’Occident (minerais, bois) et l’Orient (épices, soie) qui se développe malgré les croisades. En effet, non seulement les guerres n’empêchent pas de faire du commerce mais en plus, l’expansion chrétienne favorise le commerce : les marchands et les Croisés empruntent les mêmes routes et des ports de commerce passent sous le contrôle des chrétiens (Palerme, Acre).

Les cités marchandes italiennes (Venise, Gênes) du fait de leur position géographique idéale et de leur diplomatie influente, sont les principales bénéficiaires du commerce méditerranéen. Venise s’impose ainsi comme une puissance commerciale et militaire. En effet, la cité italienne qui bénéficie de privilèges commerciaux accordés par Byzance (annulation des taxes dans les ports de l’Empire) installe des comptoirs tout autour de la Méditerranée. Elle dispose d’une flotte de guerre importante grâce à laquelle elle protège ses navires de commerce. En 1204, elle s’appuie sur sa puissance pour détourner la quatrième croisade vers Constantinople qui est alors pillée : Venise obtient alors des territoires byzantins.

2. Un espace d’échanges culturels

La Méditerranée est un espace d’échanges culturels favorisé notamment par la circulation de voyageurs à l’image des pèlerins qui se rendent à Jérusalem ou à La Mecque.

Certaines villes de Méditerranée ont un fort rayonnement culturel et scientifique et attirent de nombreux intellectuels qui profitent ainsi de l’enseignement qui s’y diffuse comme à Tolède en Espagne.

De ces échanges, l’Occident emprunte beaucoup à la culture arabo-musulmane dans des domaines variés : mathématiques (algèbre), sciences et techniques (navigation), philosophie…

Les contacts entre les civilisations chrétienne et musulmane favorisent les traductions des manuscrits arabes en latin faisant redécouvrir certains textes grecs comme les écrits d’Aristote traduits du grec vers l’arabe.

La Méditerranée est un espace où se succèdent et cohabitent différentes cultures. Cet héritage multiculturel se retrouve par exemple dans l’architecture et l’urbanisme de certaines villes de la péninsule ibérique comme Cordoue (églises ↔ mosquées). La ville de Jérusalem est également l’illustration du croisement de ces cultures différentes.


Documents

– Vidéo : Venise, puissance commerciale et militaire

– Vidéo : Cordoue, au croisement des cultures

B. Un espace de conflits entre croisade et Jihad

1. Le Proche-Orient

Après avoir pris Jérusalem en 1071, les Turcs Seldjoukides bloquent l’accès des pèlerins chrétiens à la ville sainte. Cette intolérance sert de prétexte à la première croisade.

En 1095, lors du Concile du Clermont, le pape Urbain II lance un appel à la croisade contre les Turcs pour restaurer le pèlerinage du Saint-Sépulcre à Jérusalem et venir en aide aux Chrétiens d’Orient en réponse à l’appel à l’aide de l’empereur byzantin. Le pape y voit également l’occasion de détourner les seigneurs chrétiens de leurs habitudes violentes de se faire la guerre. En échange de leur engagement, le pape accorde aux croisés la promesse du pardon de leurs péchés (indulgences).

L’appel du pape est entendu et mène à la prise de Jérusalem en 1099 par les Francs qui établissent alors les États latins d’Orient : le royaume de Jérusalem, la principauté d’Antioche, les comtés de Tripoli et d’Edesse.
La réaction des musulmans, mobilisés contre les croisés (Jihad) par les turcs Zengi et Nur ad-Din puis le kurde Saladin est un succès : Edesse (1144) puis Jérusalem (1187) sont reprises par les musulmans.

Par la suite d’autres croisades sont menées afin de défendre, en vain, les États latins d’Orient qui disparaissent en 1291. Ces croisades créent également des tensions entre les deux mondes chrétiens à l’image de la prise et du pillage de Constantinople par les croisés en 1204 (quatrième croisade).

2. La Péninsule ibérique

Au VIIIe siècle, les musulmans étendent leur domination sur la péninsule ibérique. Une large partie de l’Hispanie est alors sous le contrôle du califat omeyyade de Cordoue (Al-Andalus) jusqu’au XIe siècle.

Les chrétiens, cantonnés au Nord, profitent de la fragmentation du califat de Cordoue (taifas) pour reprendre des territoires aux musulmans et s’étendre vers le Sud : c’est le début de la Reconquista symbolisée par la prise de Tolède par le roi de Castille en 1085.

Les musulmans organisent la contre-offensive sous l’impulsion des berbères Almoravides puis des Almohades depuis le Marghreb (Maroc) : c’est un jihad.

En 1212, la victoire de Las Navas de Tolosa ouvre la voie à la reconquête rapide par les chrétiens d’une grande partie des territoires musulmans de la péninsule ibérique. Seul le royaume de Grenade, tout au Sud, reste sous le contrôle des les musulmans. Il tombe en 1492.

La péninsule ibérique est un espace où cohabitent des communautés différentes (chrétiens, juifs, musulmans). Si la Reconquista pousse certains musulmans à fuir, les rois chrétiens font néanmoins preuve d’une relative tolérance envers les minorités religieuses (chartes sur la Maures au Portugal).


Vocabulaire

Al-Andalus : expression qui désigne les territoires de la péninsule Ibérique contrôlés par les musulmans entre 711 et 1492.

Croisades : expéditions militaires organisées par le pape dans le but permettre le pèlerinage en Terre sainte. => guerre sainte

Guerre sainte : guerre « légale » lancée par les autorités religieuses au nom de Dieu contre les infidèles.

Indulgences : dans la chrétienté, réduction ou annulation du temps de Purgatoire (avant l’accès au Paradis) pour le croyant.

Jihad : guerre sainte pour combattre les chrétiens et unifier le monde musulman.

Reconquista : reconquête, par les royaumes chrétiens, des territoires de la péninsule Ibérique alors contrôlés par les musulmans.

A. La méditerranée sous l’influence de trois civilisation

1. Un monde chrétien divisé

En 395, l’Empire romain est divisé entre les deux fils de l’empereur Théodose Ier. Coexistent alors l’Empire romain d’Occident (capitale : Rome, langue : latin) et l’Empire romain d’Orient (capitale : Constantinople, langue : grec). Les deux espaces restent chrétiens.

L’an 476 marque la fin de l’Empire romain d’Occident. Toutefois, en l’an 800, Charlemagne est couronné empereur d’Occident à Rome par le Pape : c’est le début d’une nouvelle tradition impériale. Au XIe siècle, l’Europe occidentale est morcelée en un ensemble de principautés rivales.
L’institution impériale subsiste mais son autorité est très limitée. Le Pape de Rome impose peu à peu son autorité spirituelle et morale à l’ensemble de l’Occident (réforme grégorienne).

L’Empire romain d’Orient, appelé aussi empire byzantin, reste un ensemble politique cohérent dont l’autorité est entre les mains du Basileus qui prétend détenir sa légitimité de Dieu. Sur le plan spirituel, les Byzantins ne reconnaissent pas l’autorité du Pape mais celle du Patriarche de Constantinople.

L’Occident et l’Orient sont marqués par des tensions religieuses et politiques constantes. En 1054, le légat du Pape excommunie le Patriarche et en 1204, les croisés occidentaux s’emparent de Constantinople et pillent la cité.

Schéma : La division du monde chrétien

2. La fin de l’âge d’or de l’Islam

Vers 610, dans la péninsule arabique, un caravanier nommé Mahomet prêche une croyance monothéiste : c’est la naissance de l’Islam. Persécuté par les siens, il fuit La Mecque en 622 pour rejoindre Médine (Hégire) où il constitue une armée de fidèles avec laquelle il débute la conquête de l’Arabie.

A partir de sa mort, en 632, les proches fidèles de Mahomet mettent par écrit ses révélations dans le Coran, installent le Califat et poursuivent les conquêtes arabes au-delà de la péninsule arabique. Très vite, les musulmans connaissant des divisions politiques et spirituelles entre les sunnites et les chiites. Les chiites en particulier considèrent que le Calife doit être de la descendance de Mahomet par Ali, son cousin et beau-fils.

A partir de 661, la dynastie des Omeyyades règne sur l’empire arabo-musulman qui s’étend de l’Inde jusqu’à la péninsule ibérique. Durant plusieurs siècles, cet espace est marqué par une richesse scientifique (algèbre, médecine, géographie) et intellectuelle (poésie, philosophie) qui s’inspire de l’héritage grec, perse et hindou. Les grandes villes arabes sont des lieux qui attirent, à l’image de Damas.

Toutefois, à partir du Xe siècle, les rivalités entre différents califats (Fatimides, Omeyyades, Abbassides) entraînent la division politique de l’empire arabo-musulman. Divisé sur le plan politique et religieux, le monde arabo-musulman est affaibli : le XIIe siècle marque la fin de l’âge d’or de l’Islam.

Schéma : Naissance et expansion du monde arabo-musulman


Vocabulaire

Basileus : titre de l’empereur byzantin (empire romain d’Orient).

Califat : territoire musulman dirigé par un calife (= souverain dans l’empire arabo-musulman).

Chiites : croyants musulmans qui ne reconnaissent que les descendants directs du prophète (Ali) comme chefs de la communauté musulmane => Chiisme.

Coran : livre sacré de l’Islam (religion des musulmans).

Patriarche : responsable religieux à la tête de l’Eglise chrétienne d’Orient.

Sunnites : croyants musulmans qui reconnaissent le strict respect de la tradition et des dynasties de califes en place => Sunnisme.

Documents

– Carte : La Méditerranée au XIIe siècle.

Vidéo : Visite 3D de Constantinople (reconstitution)

– Vidéo : La naissance de l’Islam (extrait d’un documentaire ARTE)

B. La christianisation de l’Empire

1. Un lieu de brassage culturel et religieux

Les Romains s’inspirent de la culture grecque. La philosophie, l’architecture mais également la mythologie romaine empruntent largement aux Grecs. Ce brassage gréco-romain est par exemple souligné dans l’Énéide de l’auteur Virgile (70-19 av. JC) qui fait notamment le lien entre Énée et la fondation de Rome.

Avec la romanisation, le brassage culturel se renforce. Sur le plan religieux, le polythéisme romain (inspiré du modèle olympien grec) se diffuse dans les provinces de l’empire. Les peuples de l’empire assimilent (Taranis-Jupiter) ou adaptent (Lug-Mercure) les dieux romains à leurs croyances en conservant des dieux ou des cultes locaux (culte de Mithra). On parle alors de syncrétisme. Exceptionnellement, les Romains adoptent des figures locales (déesse celte Épona).

En revanche, le christianisme, religion monothéiste apparue au Ier siècle avec Jésus-Christ, est plus ou moins bien tolérée par Rome. Le refus des chrétiens de se mêler à la vie publique et en particulier de participer au culte impérial est à l’origine de persécutions ponctuelles.

2. Le christianisme : un culte minoritaire devenu religion de l’Empire

Les communautés chrétiennes apparaissent en Palestine romaine vers 30-40 de l’influence d’un prédicateur juif nommé Jésus présenté comme le Messie (envoyé de Dieu sur Terre). Le message du Christ est porté de l’Orient jusqu’en Grèce et à Rome (Paul de Tarse). La religion de Jésus se diffuse dans l’Empire mais reste très minoritaire (moins de 20% dans l’Empire, 10% à Rome en 312).

Le christianisme est considéré par les Romains comme une secte juive. Les chrétiens sont ponctuellement persécutés, parfois sous la pression populaire, pour leur refus de participer aux rites civiques qui les rend suspects.

Sous son règne (303-337), Constantin favorise le christianisme, peut-être par conviction et/ou par calcul politique (unification de l’Empire). Le christianisme devient la religion de l’empereur et en 313 l’édit de Milan met fin aux persécutions contre les chrétiens lancées en 303 par l’empereur Dioclétien. Dans l’Empire réunifié, Constantin fonde Constantinople qu’il veut être la deuxième Rome en Orient et construit l’unité de l’Église autour du dogme chrétien avec le Concile de Nicée (325).

Le christianisme devient la religion officielle de l’empire en 380 par l’édit de Thessalonique à l’initiative de Théodose. Sa mort, en 395, marque la fin de l’unité de l’Empire.


Vocabulaire

Syncrétisme : rapprochement, mélange et synthèse de plusieurs cultures ou croyances différentes.


Documents

Epona, déesse gauloise assimilée par les Romains

Les chrétiens dans l’Empire romain entre 200 et 300

A. L’Empire romain domine la Méditerranée

1. Le Principat et la fondation de l’Empire

Jules César, Consul et Dictateur, est assassiné en 44 avant JC parce qu’il est soupçonné de vouloir rétablir une monarchie à Rome. Son fils adoptif et héritier, Octave, rétablit l’ordre à Rome après avoir éliminé ses rivaux.

En 27 avant JC, cumulant les titres de princeps et d’Auguste conférés par le Sénat, il instaure le Principat, un gouvernement par lequel il va progressivement concentrer les principaux pouvoirs tout en prenant soin de conserver et de respecter les institutions républicaines : c’est la naissance de l’Empire romain (au sens politique).

Personnage central de la vie politique, militaire et religieuse de Rome et de ses territoires, l’empereur administre l’empire (au sens territorial) mais partage le pouvoir avec les magistrats et le Sénat.

Avec le culte impérial, Auguste assure une propagande à son avantage et favorise la cohésion des habitants autour de l’empereur.

L’empereur doit faire preuve de clémence et de bienfaisance (évergétisme) pour éviter les contestations et le risque d’éviction, à l’instar de Néron en 68.

En 14, Tibère succède à Auguste (qui l’a adopté) : une dynastie d’empereurs romains débute (les Julio-Claudiens).

2. L’organisation de l’Empire

En 27 avant JC, Auguste réorganise l’administration des provinces qui composent l’empire romain. Les provinces pacifiées sont administrées par le Sénat (le gouverneur est un sénateur) tandis que les provinces qui nécessitent la présence des légions sont contrôlées par l’empereur (le gouverneur rend des comptes à l’empereur).

Sous l’Empire, Auguste et ses successeurs poursuivent les conquêtes (Claude, Trajan). Au IIe siècle, l’empire s’étend sur un vaste territoire qu’il faut consolider. Dans certaines régions, les légions romaines imposent ou garantissent l’ordre et la paix (Pax romana). Elles surveillent les limites de l’empire (limes) contre les invasions barbares. Dans certaines régions, les limes sont fortifiées (mur d’Hadrien en Bretagne).

Les réseaux de voies romaines (poste impériale) et les nombreuses cités de l’empire permettent au pouvoir central (Rome) de prolonger son autorité dans toutes les provinces. Le culte impérial y est également diffusé.

3. La romanisation

L’empreinte culturelle romaine se diffuse dans tout l’empire : c’est la romanisation.

La Pax romana facilite les échanges et la circulation de la monnaie sur l’ensemble du territoire romain.

La diffusion du culte impérial et la présence des légions dans certaines provinces rappellent l’influence romaine dans le domaine politique et militaire.

Sur le plan administratif et juridique, l’usage du latin et l’élaboration du droit romain impriment la marque de Rome sur l’empire. Avec l’édit de Caracalla (212), l’accès à la citoyenneté s’élargit même à tous les hommes libres de l’Empire.

Du point de vu de l’organisation du territoire, les voies romaines et les aqueducs sont autant de symbole de l’influence romaine.

Enfin, sur le modèle de la capitale, Rome, les cités de l’empire construisent des édifices romains (forums, amphithéâtres…).


Vocabulaire

Auguste : titre honorifique habituellement réservé aux divinités.

Culte de l’empereur : manière de mettre en avant l’empereur et sa famille pour imposer son pouvoir aux différents peuples que compte l’empire romain (± propagande).

Empire : régime autoritaire de type monarchique dans lequel le pouvoir est détenu par un empereur.

Évergétisme : le fait qu’un citoyen fasse bénéficier la communauté de ses richesses.

Limes (n.m.) : limites de l’empire romain (= frontière) qui peuvent être fortifiés ou non.

Princeps : terme désignant « le premier du Sénat ».

Principat : régime politique fondé par Auguste dans lequel l’empereur domine la vie politique tout en respectant les institutions de la République.

Romanisation : adoption de la langue latine et de la culture romaine dans les provinces de l’empire romain.


Documents

Le Principat : De la République à l’Empire

Le culte de l’empereur : Le rôle de la monnaie

Carte : L’Empire romain au IIIe siècle

Les limes fortifiés : Le mur d’Hadrien

B. La thalassocratie athénienne

1. La ligue de Délos

A l’issue des guerres médiques (Grecs ≠ Perses), Athènes fonde en 478 av. JC une alliance militaire avec d’autres cités grecques appelée la Ligue de Délos pour se protéger des Perses. Athènes garantit ainsi la sécurité de ses alliés contre une contribution (= trésor de Délos) lui permettant d’entretenir une puissante flotte de combat (= trières). Athènes domine alors la mer Égée grâce à sa puissance maritime : on parle de thalassocratie.

Forte d’une telle influence, Athènes impose sa monnaie (= drachme) aux cités de la Ligue et installe de fait sa domination commerciale sur la région.
Sous l’impulsion de Périclès, le trésor de Délos est transféré à Athènes en 454 av. JC : cet argent va servir le rayonnement de la cité grecque (reconstruction du Parthénon).

2. La fin de l’âge d’or d’Athènes

Athènes est devenue une cité dominatrice qui impose sa volonté aux membres de la Ligue de Délos (monnaie, garnisons, unités de mesure…) et réprime toute révolte (Samos). L’extension de son influence inquiète Sparte, autre cité grecque puissante.

La menace athénienne entraîne une guerre entre les deux cités rivales : la guerre du Péloponnèse (431-404 av. JC). Athènes a l’ascendant grâce à sa puissance navale mais une épidémie de peste (ou de typhus) l’affaiblit (mort de Périclès en -429) et pousse à un compromis en 421 av. JC. (paix de Nicias).

La reprise de la guerre (expédition de Sicile…) cause une crise politique à Athènes (expérience d’une révolution oligarchique en 411 av. JC). La guerre du Péloponnèse s’achève finalement par la victoire de Sparte en 404 av. JC. La Ligue de Délos est dissoute et une tyrannie est imposée à Athènes. C’est la fin de l’ « âge d’or » d’Athènes.


Vocabulaire

Thalassocratie : puissance politique qui s’appuie sur la domination de la mer.

Trière : navire de guerre athénien à rangs de rames où servent les thètes, citoyens pauvre d’Athènes.

Tyrannie : exercice de l’autorité par une personne (le tyran) qui a conquis le pouvoir illégalement et par la force.


Documents

– carte : Le monde grec au Ve siècle av. JC

Média : Des guerres médiques à la Ligue de Délos (MP3) [extrait de « Périclès démocrate, vraiment ? » par Vincent Azoulay, Concordance des temps, France Culture, 18 mai 2019]

Les trières athéniennes dans le film « 300 » (ou les guerres médiques revisitées).


Bande Annonce Officielle de « 300 : La naissance d’un Empire » réalisé par Noam Murro.

A. La démocratie athénienne

1. L’installation d’un régime original

Au Ve siècle av. JC, Athènes est une démocratie : le démos (= peuple) participe ainsi aux affaires de la cité. Ce nouveau régime politique est le résultat de réformes politiques (Solon, Clisthène) menées au siècle précédent.

La démocratie athénienne repose sur l’égalité politique des citoyens à l’Ecclésia, assemblée dans laquelle chaque citoyen vote les lois ou l’ostracisme, élit les magistrats et décide de mener ou non une guerre. Un citoyen peut également être tiré au sort pour participer à la Boulè qui prépare les lois, pour siéger à l’Héliée qui rend la justice ou même pour devenir magistrat (fonction de commandement). Toutefois, les magistrats les plus importants, les stratèges, sont élus et souvent issus des familles riches.

Périclès favorise la participation de tous les citoyens à la vie politique en créant une indemnité (misthos) pour les juges de l’Héliée, étendue ensuite aux autres fonctions politiques.

2. Les limites de la démocratie

A Athènes le démos est circonscrit aux citoyens. Or un grand nombre d’habitants d’Athènes sont exclus de la citoyenneté et donc de la vie politique : les femmes (et les enfants), les métèques et les esclaves.

De plus, Périclès restreint l’accès à la citoyenneté (451 av. JC). Pour devenir citoyen il faut être né de père et de mère athéniens, avoir prêté serment et effectué son service militaire et civil (éphébie).

Enfin, l’égalité entre les citoyens est discutable. D’abord, il n’y a pas d’égalité sociale : les classes censitaire déterminent la place de chaque citoyen dans la société. Mais surtout, si la démocratie reconnaît l’égalité des droits politiques entre les citoyens (Ecclésia), dans les faits, ce sont les Athéniens les plus riches qui dominent la vie politique.


Vocabulaire

Démocratie : régime politique dans lequel la souveraineté appartient aux citoyens.

Ecclésia : assemblée des citoyens. Elle se réunit sur le Pnyx (colline d’Athènes).

Ephébie : service militaire et civique obligatoire pour obtenir la citoyenneté à Athènes (entre 18 et 20 ans)

Métèque : étranger domicilié à Athènes.

Misthos : indemnité octroyée par Périclès aux citoyens qui ont une fonction politique à Athènes. Cette initiative (misthophorie) permet aux citoyens les plus modestes de pouvoir participer à la vie politique d’Athènes.

Ostracisme : condamnation, votée par l’Ecclésia, d’un citoyen à l’exil pour une période de dix ans.


Documents

Les « pères » de la démocratie athénienne

Les institutions démocratiques à Athènes (Ve siècle av. JC)

Des archives à la reconstitution : le Klérotérion
« Le tirage au sort démocratique, Patrice Masini, CNRS Images, 2017.

Etude de documents : Périclès et la démocratie athénienne (PDF)

Intro. La périodisation de l’Histoire en France

I. S’approprier le temps

A. Un héritage romain et chrétien du décompte du temps

  • Mesurer le temps = idée ancienne → périodicité solaire/lunaire
  • Invention d’outils pour mesurer le temps (cadran solaire, clepsydre, sablier) et pour s’y repérer (calendrier)

B. Différentes manières de « penser » le temps

1. Plusieurs conceptions du temps qui passe
En France :
– vision linéaire du temps = un début et une fin → représentation sous forme de frise
– vision « progressiste » du temps → temps = source de progrès (révolution industrielle au XIXe, médecine au XXe)

Autres conceptions :
– conceptions cycliques (Aztèques, Chinois, Japonais…)
– conceptions déclinistes = le temps est une force qui éloigne les hommes des Dieux (Grecs)

2. D’autres calendriers = choix culturels
– calendrier musulman (lunaire) → débute par l’Hégire (622 du calendrier chrétien)
– expérience du calendrier révolutionnaire → début avec la République (1792)

C. Différentes manières de se repérer dans le temps

Les historiens utilisent une série de mesures pour se repérer dans le temps.

Repères « objectifs » :
– le millénaire → période de mille ans
– le siècle → durée de cent ans
– la décennie → période de dix ans

Repères « subjectifs » :
– des références à un acteur de l’Histoire : sous le règne de Louis XIV (période durant laquelle le roi exerce son pouvoir = 1643-1715), le siècle de Périclès (Ve s. av. JC)
– des chrononymes (référence à un événement) : « l’entre‑deux‑guerres » (1918‑1939), « la Belle Époque » (1900‑1914)
– la « période longue » qui découpe l’Histoire selon des choix culturels, scientifiques ou politique

II. La périodisation

A. La périodisation, c’est quoi ?

Périodisation : diviser le temps en périodes. Ce sont généralement des périodes longues.

Période : segment de l’Histoire qui se distingue des autres par des caractères propres.

Périodiser, c’est donc :

– ranger les événements dans le temps

– établir des continuités et des ruptures

B. Les grandes périodes de l’Histoire

En France, l’histoire est découpée en 4 grandes périodes :

→ l’Antiquité (-3300 à 476)

→ le Moyen Âge (476 à 1492)

→ l’époque moderne (1492 à 1789)

→ l’époque contemporaine (à partir de 1789)

C. La périodisation par rapport à des ruptures

L’Antiquité (-3300 à 476)

Unité : cités-États (Athènes, Sparte) et grands empires (Romains, Perses)

Début de l’Antiquité (rupture) : « Apparition » de l’écriture (vers -3300) = début de l’Histoire
→ limite : écriture résultat d’une évolution longue

Fin de l’Antiquité (rupture) : 476 = chute de l’Empire romain d’Occident
→ limite : partage de l’Empire romain en deux (Théodos, 395), déclin plutôt que chute, pas de bouleversement pour les contemporains, Constantinople survit à Rome (continuités)

Le Moyen Âge (476 à 1492)

Unité : développement de la féodalité et place grandissante de l’Église dans la société

Fin du Moyen Age (rupture) : 1492 = découverte de l’Amérique par Christophe Colomb → début de la « mondialisation »
→ limite : quotidien inchangé pour la majorité paysanne d’Europe (continuité)

Certains historiens préfèrent la date de 1453 : prise de Constantinople par les Ottomans
→ Constantinople est affaiblie depuis longtemps

L’époque moderne (1492 à 1789)

Unité : développement des grandes monarchies + mise en relations des continents

Fin de l’époque moderne (rupture) : 1789 = Révolution française → bouleversement en France et en Europe
→ limite : 1792 = Première République → rupture avec l’Ancien régime

D. Les limites de la périodisation

– Continuités persistant d’une période à l’autre
→ le quotidien des paysans européens n’est pas bouleversé par la découverte de l’Amérique

– Subjectivité : découpage = résultat de choix culturels, scientifiques ou politiques
→ vision « française » des événements (ailleurs les bornes peuvent être différentes)

– Apparition d’une nouvelle période mobile au XXe s. : le temps présent → période pour laquelle on trouve encore des témoins vivants

Bilan : Si les découpages sont utiles, les ruptures et les continuités que connait l’Histoire sont parfois complexes à distinguer pleinement. Les périodes sont donc le résultat de choix arbitraires.